En passant du coté de l'espace culturel de Vauchrétien, installé dans l'ancienne cure de la commune, de grands panneaux attiraient cette semaine l'attention des badauds : 93.6 FM - Radio Lumas. En poussant la porte, une musique, entrecoupée de commentaires hésitants, se faisait entendre et sur le dernier palier de l'escalier, un tableau indiquait : "chut …". Il suffisait de pousser discrètement la porte de la première salle, là où les associations se réunissent habituellement lors d'ateliers, pour pénétrer dans un véritable studio radiophonique. Derrière la table de mixage, jouant le rôle de technicien, un gamin de 13 ans, le casque audio sur les oreilles, écoute sagement les invités du jour : un trio d'adolescents qui commente, comme ils le feraient entre "potes", les morceaux de musique "heavy métal" diffusés précédemment. Tout se passe comme s'ils n'étaient pas écoutés au-delà du studio, et comme s'ils discutaient au bar du coin, de leurs dernières aventures. Mais pourquoi radio Lumas ? Tout simplement parce que la commune de Vauchrétien est connue bien au-delà de ses frontières pour sa grande fête annuelle des "lumas", nom que l'on donne aux escargots, en Anjou.
Puis vient le moment du disque, pause antenne pour les intervenants. Seuls les jeunes techniciens s'agitent autour de la table de mixage et des platines CD. "Vous avez 2 minutes !" leur lance le technicien. Soudain, branle-bas de combat, le disque se termine, il va falloir reprendre l'antenne : "Attention c'est à vous " lance le technicien, tout en poussant à fond sur les curseurs de la table de mixage. La réaction n'est pas immédiate du coté du plateau. L'animateur qui n'a pas anticipé la fin de la musique, provoque un blanc sur les ondes. "Il est 15h20, vous êtes sur Radio Lumas, 96.3 FM" balbutie le gamin, rouge comme une pivoine. "Non, c'est 93.6 " lui souffle, en souriant, Alexandre GODEFROY, animateur du centre culturel et initiateur de ce projet de radio temporaire.
De l'autre coté, les quelques personnes qui écoutent ont dû se rendre compte qu'il s'agit d'une radio non professionnelle, mais qu'importe. L'objectif, de cette radio qui émettait provisoirement sur un rayon de 20 km, n'était pas de concurrencer en quelques jours, les "majors" de la bande FM. A l'espace culturel on voulait surtout réussir le pari de fédérer les habitants, jeunes et moins jeunes, autour d'un projet. "Depuis l'ouverture de l'antenne, plus de 300 personnes sont venus s'exprimer au micro de radio Lumas, alors forcément ceux qui ont découvert l'univers de la radio, écoutent désormais les autres" nous affirme Alexandre GODEFROY. "Toutes les générations se sont croisées derrière les micros, et elles ont pu échanger, soit en direct, soit lors de séances de questions réponses, comme ce midi avec les membres du Conseil Municipal."
Malheureusement, ce projet lancé par l'animateur de Vauchrétien a eu rapidement une fin. Les micros se sont tus ce Dimanche 3 Décembre 2006, à 16h30. Tous ceux qui se sont relayés derrière les micros, enfants des écoles, ados passionnés de musique, élus venus parler en direct des projets communaux, acteurs associatifs, retraités et anciens de la maison de retraire, tous ceux qui ont accroché au phénomène radio, doivent déjà regretter de ne plus pouvoir venir s'exprimer en direct. Il ne restera plus que les enregistrements, diffusés la nuit, quelques photos, beaucoup de souvenirs pour une expérience qu'il fallait oser tenter et qui fut menée de main de maître par quelques jeunes qui écouteront désormais leur radio favorite d'une autre oreille.
Radio Lumas, était l'une des 4 radios temporaires tolérées par le CSA (Conseil Supérieur de l'Audiovisuel) sur le territoire Français. Gérée par les "
FRANCAS ", mouvement d'éducation populaire, cette radio mobile, est louée avec un technicien à toutes les structures associatives qui en font la demande. La seule contrainte réside dans le fait que le projet doit concerner les jeunes, cœur de cible du mouvement Francas. Pour un montant de 1500 € environ, les Francas, envoient un technicien socio culturel, spécialiste de ce genre d'activité, afin d'aider au montage de l'émetteur, de l'antenne et de l'ensemble du studio. Au préalable, une fréquence est demandée au CSA. Celle-ci est attribuée souvent quelques heures avant l'heure d'ouverture officielle de l'antenne. "Les fréquences FM sont de plus en plus difficiles à obtenir, et pour Vauchrétien j'ai bien cru que nous ne l'obtiendrons pas !" nous confie l'animateur technicien des Francas. Vu le succès qu'a rencontré cette radio sur le territoire de Vauchrétien, ne pas être autorisé à émettre aurait été une catastrophe.
(*) On Air :
Terme affiché sur un bandeau lumineux rouge, à l'entrée des studios de radio et TV, lors de la diffusion d'une émission. "On Air" ou "Antenne" indique aux intervenants que les micros sont ouverts et qu'il faut se garder de faire de bruit.