Niché au creux d’une vaste plaine sans véritable intérêt touristique, Saulgé l’hôpital est un petit bourg que l’on traverse sans même le voir. D’ailleurs dans quelques années, une déviation, en cours de construction, devrait permettre de passer à coté en l’ignorant totalement. Et puisque ce village n’a pas d’attrait particulier, les jeunes, comme dans la plupart des bourgs ruraux, le désertent pour partir vers la métropole angevine peu éloignée. La mort de cette petite communauté était donc annoncée depuis des lustres. Tout cela c’était bien sûr sans compter sur une association installée à Brissac-Quincé, la cité voisine, qui décida de reprendre à son compte, non sans lui apporter quelques modifications d’importance, la fête de la fraise organisée justement à Saulgé l’Hôpital. Et tant pis pour les oiseaux de mauvaise augure, la fête communale qui faisait les beaux jours des aînés du village, a pris un bon coup de jeune, pour le plus grand plaisir des habitants, petits et grands. L’association « la basse cour » avait fait son office, le frais’tival était né.
Aujourd’hui le frais’tival, même s’il reste atypique tant dans son organisation que dans sa programmation, est devenu un évènement artistique majeur et pratiquement incontournable pour plus d’un millier de jeunes de la région et d’ailleurs. Certains n’ont pas hésité à faire plusieurs centaines de kilomètres pour participer à cette grande fête de la création musicale et des arts plastiques. Car au frais’tival, si les fraises au vin rouge qui faisaient le succès de la fête de grand papa, sont toujours présentes, au coté de la Cave Céleste un lieu voué au culte des vins de la région angevine, on y vient surtout pour l’ambiance, celle que l’on ne trouve, semble-t-il, nulle part ailleurs.
« Le Frais’tival, c’est le grand délire » disent les organisateurs. Dans le village du mythique Frais’timan, le dieu inventé de toute pièce, créateur et chef de village qui veille depuis la première année sur le bon déroulement de la manifestation, on fait plutôt dans la décontraction, même si Raphaël JONCHERAY, l’organisateur en chef, déambulait d’une scène à l’autre, le téléphone portable à l’oreille, visiblement « surbooké ».
Coté festif, le frais’tival, semble avoir désormais pris sa vitesse de croisière avec une programmation toujours aussi éclectique, favorisant les groupes et artistes régionaux, auxquels s’ajoutent des musiciens venus d’autres horizons. C’était le cas cette année de FANGA, un groupe afrobeat français venu de Montpellier, lequel a enflammé pendant une partie de la soirée, la grande scène mise à disposition par la communauté de Communes Loire-Aubance, de SHAOLIN TEMPLE DEFENDERS, grands défendeurs de la Soul Musik, venus de Bordeaux ou encore SKATOWS, un groupe rock pour enfants venu de Poitiers. Au total, plus de 50 artistes amateurs et professionnels auront participer à cette programmation 2007, mélangeant chanson, musique du monde, électro, théâtre d’intervention et de rue, contes, installations audio-visuelles et plastiques…
Le village du Frais’tival, s’impose donc, plus que jamais, comme un lieu de rencontre artistique pour tous, petits et grands, où les étudiants des Beaux Arts croisent l’apprenti cuisinier ou l’agriculteur de Saulgé l’hôpital, tous unis pour une soirée spectacle sans prétention, mais de qualité tout de même, autour d’une bière, d’une fraise au vin rouge ou encore d’une bonne soupe de légume, comme à la maison, préparée par les défenseurs de la Terre de l’association Terra Nova.
A l’instar du village armoricain d’Astérix, le village du Frais’tival avait, une fois de plus, des cotés biens sympathiques, avec ses grands tuyaux qui voyagent d’arbres en arbres, de stands en stands, pour communiquer, ses tables où tout en buvant un verre on pouvait écouter les paroles des anciens de la région grâce à de petits hauts-parleurs habillement dissimulés, ce bureau de poste pour des lettres fantaisistes où l’on dessinait son propre timbre, ses contes pour enfants, son théâtre d’improvisation, son bar sans alcool, au point que l’on aurait presque envie que la fête dure encore plus longtemps.