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Portrait

Pascaline LEPELTIER, disciple de Bacchus.


Par Yannick Sourisseau | le 17 Septembre 2006 | lu 6220 fois

Elle a déjà l’œil vif et le nez exercé et pourtant elle estime ne pas avoir suffisamment de recul pour reconnaître à coup sûr un grand cru. Elle se destinait à l’enseignement de la philosophie. Mais passionnée depuis sa plus tendre enfance par la restauration, elle est tombée raide dingue du nectar de Bacchus, au point de vouloir en faire son métier.



Pascaline LEPELTIER, la dégustation plaisir
Pascaline LEPELTIER, la dégustation plaisir
C’est un petit bout de femme de vingt cinq ans passionnée et surtout passionnante. En l’écoutant parler de sa passion pour la vigne, du temps qu’elle se donne pour comprendre les cépages, les terroirs, apprécier les saveurs, on a presque envie de tout quitter pour faire comme elle, partir à l’aventure dans les vignobles pour apprendre à mieux connaître le vin. Disciple de Platon, elle est devenue après un virage à 180°, amie de Bacchus, un parcours peu banal qui méritait que l’on s’y intéresse de près. Faudrait-il être philosophe pour mieux comprendre toute la complexité d’un vin ? Voici une question sur laquelle nos amis vignerons devront méditer.

Aubance.net. : Pascaline, comment devient –on sommelière (*)?
Pascaline Lepeltier : Tout d’abord je ne me considère pas encore sommelière. Je n’ai que les bases d’un métier qui néccesite un certain savoir faire. Au départ je voulais être prof de philo. J’ai passé mon agrégation et puis je me trouvais trop jeune pour enseigner. Disons que ce n’était pas tout à fait ce que je voulais faire. Depuis l’age de 14 ans je faisais des extras dans des restaurants pour me faire de l’argent de poche et c’est là que j’ai vraiment eu le déclic. En plus j’avais un prof de philo qui était fou des vins de Bourgogne. J’ai tenté de prendre un virage vers un BTS sommellerie, mais j’étais trop diplômée, alors je suis entrée à l’ESTHUA (Etudes Supérieures de Tourisme et d'Hôtellerie de l'Université d'Angers) afin d’obtenir un Master hôtellerie restauration et management international des Arts de la France (promotion des produits français à l’étranger). C’est là surtout que j’ai rencontré l’œnologue Jean Michel MONNIER avec lequel j’ai pu visiter plusieurs vignobles.

Aubance.net : Alors vous êtes désormais une professionnelle du vin ?
P.L : Non, pas encore. Ce métier est basé sur l’expérience. Il faut se donner le temps de connaître tous les cépages et toutes les productions. J’ai fait un stage chez POTEL et CHABOT, un très grand traiteur parisien, chez qui j’ai eu l’occasion de participer à un grand mariage dans le Bordelais. Puis j’ai été apprentie chez Jacques TOREL, certainement l’une des plus belles caves de France. Puis j’ai rencontré un dingue de vin, comme moi, en la personne de Patrick RIGOURD de la Chambre de Commerce et d’Industrie d’Angers. Tous ces gens me permettent de parfaire mon expérience.

Aubance.net: Comment peut-on nourrir un tel amour pour le vin ?
P.L. : Le vin est un produit qui nous vient de la terre, il est le reflet des hommes qui cultivent la vigne et des paysages où elle pousse. En dégustant un vin, on doit sentir tout cela, c’est pour ça qu’il faut une certaine expérience. Quand je mets le nez dans un verre, je sens le sol, la pierre, le travail du vigneron, je commence tout juste à sentir toutes ces choses. En plus le vin ça me procure une foule d’émotions dans la tête. C’est un véritable plaisir que j’ai envie de faire partager aux autres. D’ailleurs avec Patrick Rigourd nous avons inventé l’index T.B. (le taux de buvabilité) – dit-elle en éclatant de rire.

Aubance.net : le vin vous procure des sensations, sans pour autant vous rendre ivre. Que pensez-vous du procès que l’on fait au vin aujourd’hui ?
P.L. :Je pense que c’est un faux procès et je trouve triste que l’on ne se rende pas compte de la noblesse du produit. En France la vigne c’est culturel et pendant des siècles le vin a permis de soigner des maladies. Le vin contient de l’alcool c’est vrai, mais ce ne sont pas les vins les plus alcoolisés qui sont les meilleurs. D’ailleurs certains oenologues commencent à étudier des vins à faible taux d’alcool et qui restent agréables. Les jeunes aujourd’hui, lorsqu’ils veulent s’enivrer, ne boivent pas du vin mais plutôt de la vodka, de la tequila, des vrais alcools forts. Moi j’aime bien les vins « bio », car ils sont produits avec un certain respect de l’environnement et de ceux qui les boivent et ce sont souvent des vins qui n’ont pas beaucoup d’alcool.

Aubance.net : Quelle est la place des femmes dans ce métier plutôt masculin ?
P.L. : Vous savez la sommellerie attire peu et encore moins les femmes. Et pourtant c’est un métier intéressant fait de contacts. Pour proposer un vin dans un restaurant il faut discuter avec le client et lui faire apprécier son choix. Les femmes sont plus sensibles aux arômes alors que les hommes sont plus intéressés par la structure du vin. Alors les femmes ont vraiment leur place dans ce métier.

Aubance.net : Que faites vous aujourd’hui ?
P.L. : Je fais les vendanges au Domaine des Griottes à Saint Lambert du Lattay. Je pourrais travailler dans un restaurant, mais je veux me donner encore le temps de voyager, de découvrir tous les vins du monde. Avant de conseiller les autres il faut comprendre.

Avant de se quitter, Pascaline, nous a débouché une bouteille de Cabernet d’Anjou, de chez Didier CHAFFARDON – Domaine des Charbottières à Saint Jean des Mauvrets, un vin qu’elle apprécie beaucoup et qu’elle nous a fait découvrir avec un certain professionnalisme, comme elle a déjà eu déjà l’occasion de le faire lors d’une séance du Club Oenophile Brissac-Loire-Aubance, au château du Plessis-Blutière à Charcé St Ellier en Juin 2006.

(*) Sommelier(e) : personne compétente chargée de l'achat, de la vente et du suivi des vins dans un restaurant

Yannick Sourisseau


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