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Culture

Manhattan sur Loire


Par Yannick Sourisseau | le 11 Août 2007 | lu 4415 fois

C’est une île paradisiaque, perdue au beau milieu de la Loire, un véritable paradis pour les robinsons à la recherche d’aventures et les artistes qui veulent un contact avec une nature authentique. L’île de Baure, cette petite île sauvage, située à quelques encablures de la Ménitré, terrain de création d’une équipe d’étudiants en arts plastiques, s’inscrit dans les sites de l’Eté Contemporain en Loire Aubance.



François Garotte, le propriétaire. Au fond à droite : l'ile de Baure.
François Garotte, le propriétaire. Au fond à droite : l'ile de Baure.
Les îles de Loire, ce fleuve Royal, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, sont des espaces remarquables de l’identité ligérienne. Rien qu’en Pays de la Loire, on en compte près d’une soixantaine, toutes appartenant à des propriétaires privées. Souvent inondées en période hivernale, parfois habitées, mais le plus souvent restées à l’état sauvage, ces îles paradisiaques auxquelles ont accède le plus souvent en bateau, séduisent les visiteurs par l’atmosphère particulière qui les habitent.

L’une d’elle, l’ile de Baure, est située à proximité du Territoire Loire-Aubance, entre Saumur et Angers, à la verticale du village de la Ménitré. Cette île de forme oblongue, est vierge de toute construction, peuplée seulement d’une végétation luxuriante et notamment d’arbres centenaires qui plongent leurs racines dans le lit du fleuve. Ce territoire sauvage d’une surface qui se situe entre 4 et 5 hectares, est devenue grâce à la complicité de l’un des co-propriétaires, François GAROTTE, enseignant en arts plastiques à la retraite, un terrain d’expression et d’expérimentation pour les étudiants de l’Ecole Supérieure des Beaux Arts d’Angers.

Depuis quatre ans, selon un thème proposé par une équipe d’enseignants de l’école, dans le cadre d’un ARC (Atelier de Recherche et de Création) des étudiants volontaires investissent les lieux pour s’imprégner de l’atmosphère particulière qui se dégage de ce petit paradis et créer « in situ » des œuvres qui resteront exposées tout l’été pour le plus grand plaisir des visiteurs qui accostent sur les rives de l’île. Un ponton a d’ailleurs été aménagé, coté rive gauche de la Loire, afin de permettre aux bateaux « Loire de Lumière » de pouvoir déverser sur l’île les touristes qui visitent la région angevine.

Les travaux réalisés par les étudiants, en collaboration avec un artiste confirmé, mettent en relation la création plastique et l’environnement naturel, selon la pratique du « Land Art » ce courant artistique apparu dans les années 60 et qui utilise les matériaux de la nature (bois, terre, pierres, sable, rocher, etc.) pour créer des œuvres extérieures exposées aux éléments, et soumises à l'érosion naturelle. Mouvement contemporain, le Land Art s’inscrit donc tout naturellement dans l’Eté Contemporain en Loire Aubance et l’ile de Baure fait donc partie des sites à visiter.

Retour aux sources

Le plan de Manhattan, suspendu entre les arbres
Le plan de Manhattan, suspendu entre les arbres
Pour l’exposition 2007, 16 étudiants de l’ESBA, dont certains sont aujourd’hui diplômés, ont travaillé avec Gilles BRUNI, critique d’art et artiste qui s’investit depuis de nombreuses années dans des installations paysagères à ciel ouvert, sur le thème de « Manhattan ». « L’ile de Manhattan, aux USA, a la même forme que l’ile de Baure, mais cette dernière est 100 fois plus petite », indiquait François GAROTTE, aux 25 visiteurs qui parcouraient la galerie d’exposition naturelle en sa compagnie, ce vendredi 10 Août 2007.

A détour d’un sentier, les visiteurs ont croisé un taxi jaune, un couple d’obèses le cornet de frites à la main, un feu tricolore suspendu au milieu d’une clairière où attendent quelques piétons immobiles, un composteur à ticket d’un bus qui mène nulle part, ou peut être au charmant village du Thoureil que l’on aperçoit en face. Une statue de King-Kong revue et corrigée et une machine à sous transformée en totem, indiquent aux visiteurs qu’ils sont sur Broadway, la seule avenue en diagonale du plan orthonormé de l’île américaine et qui serait selon toute vraisemblance la trace d’un chemin emprunté par les derniers indiens qui peuplaient la région. Plus loin, des fils de couleurs, qui s’entrecroisent entre les arbres de l’île, immortalisent dans l’espace le plan de Manhattan et une tour en construction. Autant d’éléments, disposés en différents lieux, repérés par des bornes « We are here (Vous êtes ici) », mises en place par les étudiants, et qui, avec un peu d’imagination peuvent faire penser à ce que sera peut-être Manhattan dans plusieurs millions d’années, lorsque détruite par une éventuelle attaque nucléaire, l’île retournera à sa nature originelle.

Mais ceux qui s’intéressent au Land Art, savent que certaines œuvres, du fait même de l’action des éléments naturels, sont le plus souvent éphémères. Dans l’île de Baure, des œuvres se sont déjà volatilisées. Elles n’ont pas été balayées par le vent ou la pluie, mais vandalisées et détruites par des visiteurs incultes ayant accosté sur l’île tels des conquérants d’un nouveau monde décidés à réduire à néant les populations résidentes, comme ce fut certainement le cas à Manhattan, avec les indiens. Un retour aux sources que n’avaient peut être pas imaginé les concepteurs de cette exposition, qui malgré cela, du fait de la beauté de l’environnement et du voyage sur la Loire dans la brise estivale, méritait largement le détour.





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