Festival film nature et environnement 2010



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Festival Film Nature

Les limites d’un capitalisme exalté

5e Festival du film nature et de l’environnement de Mûrs-Erigné


Par Michel Barini | le 24 Octobre 2009 | lu 812 fois

Le succès rencontré par cette soirée était-il dû à l’effet Nicolas Hulot et à son documentaire « Le syndrome du Titanic », à la notoriété des intervenants, à la curiosité du public ? La réponse se trouve sans doute dans les questions. Toujours est-il que la séance de ce jeudi s’est jouée à guichets fermés devant un parterre impatient de se faire une idée sur un film dont tout le monde parle.



Philippe Desbrosses, Philippe Bodard, Jean-Marie Pelt et François-Noël Pavie ont animé un débat très intéressant sur la mondialisation.
Philippe Desbrosses, Philippe Bodard, Jean-Marie Pelt et François-Noël Pavie ont animé un débat très intéressant sur la mondialisation.
Les 450 places assises n’y avaient pas suffi, il avait fallu ajouter des chaises supplémentaires pour accueillir les spectateurs qui se pressaient devant l’entrée. Personne ne s’attendait à une telle cohue si bien que la projection fut retardée d’une demi-heure avant de démarrer. Elle s’est poursuivie au cours d’un débat animé par Jean-Marie Pelt, scientifique et fondateur de l’Institut européen d’écologie, et Philippe Desbrosses, docteur en sciences de l’environnement.

Réalisé par Nicolas Hulot et Jean-Albert Lièvre, Le syndrome du Titanic dénonce les méfaits d’une société de consommation qui touchent les hommes à l’échelle de la planète. Ce film qui a déjà fait couler beaucoup d’encre propose des images qui mettent en juxtaposition deux extrêmes : la pauvreté et l’opulence. De ces constats sans appel, le long métrage montre des scènes à choquer les plus hermétiques : des bidonvilles africains aux gratte-ciel illuminés, des décharges à ciel ouvert aux autoroutes encombrées, des skieurs sur les pistes artificielles de Dubaï aux malheureux jetés dans les rues des mégapoles. Dans son réquisitoire, l’écologiste le plus célèbre de France a pris le parti d’ajouter une pièce implacable au dossier d’un mondialisme à bout de souffle.

Aux détracteurs qui accusent le réalisateur d'Ushuaïa de critiques plus ou moins justifiées, notamment de se faire sponsoriser, de griller du Co2 pour faire ses émissions, d’employer des salariés ou de noircir le tableau, Philippe Desbrosses a répondu : « Notre ami Nicolas, je le connais, il faut lui rendre hommage. C’est un homme d’une extrême sincérité qui s’exprime avec ferveur et pédagogie. Il est inspiré et incarne ce qu’il dit. Il pose des questions et c’est une chance. Il faut rétablir la vérité à son endroit ». Avis suivi par Jean-Marie Pelt qui n’a pu s’empêcher d’abonder : « Avec Nicolas, nous avons été ambassadeurs auprès de l’Union européenne. Il est courageux, il prend des risques, il prône des vertus. Même auprès de ceux qui le subventionnent, il ne cède pas. Je sais qu’on le critique dans les médias. Personne n’est parfait. Pour ma part, je ne médis jamais sur les individus. Il nous apporte la beauté avec ses documentaires télévisés ».

Ce à quoi Philippe Bodard, le maire érimûrois, prolongea le point de vue : « On peut tout dire sur Nicolas Hulot. Nous, si on fait ce festival, c’est pour bouger à notre échelle avec nos 7000 spectateurs. Lui, avec sa puissance de feu, il interpelle et mobilise au-delà du terrain local. C’est tous ensemble que nous gagnerons », avant de s’interroger sur la notion du mot « progrès » et de solliciter ses interlocuteurs sur son sens réel. Réponse de Jean-Marie Pelt : « Est-ce que le progrès est absurde ? Oui, pour ce qu’il est devenu. Oui, comme le démontre le film à propos de la folie iPhone, cet objet qui soulève l’idolâtrie des jeunes et que la mécanique de la pub a imposé, alors que personne n’avait jamais rien demandé. Oui, quand on voit ce prêcheur africain dans une église de Lagos incitant ses ouailles à vénérer le Dieu Dollar et leur suggérant de trouver l’épanouissement dans la prospérité financière. Non, le progrès n’est pas absurde s’il signifie protéger et partager. Mais peut-être qu’on devient fou ! »

Et l’orateur de poursuivre sur ce modèle économique complètement dépassé qui entraîne les hommes dans une fuite en avant : « Nous avons sur le dos des multinationales qui prône un capitalisme dévoyé et perverti condamné à s’écrouler tout comme le communisme en son temps. Leur système économique ne marche plus : Wall-Street va distribuer plus d’argent à ses investisseurs qu’avant la crise. Ou allons-nous ? Et ces chefs d’État, de quoi vont-ils avoir l’air avec leurs discours sur une moralisation de l’argent-roi ».

Après avoir contribué à noircir le tableau, les deux conférenciers se sont accordé pour admettre qu’une lueur d’espoir subsiste, que le temps est venu de se poser des bonnes questions, que des réponses arrivent. « D’ailleurs, des signes avant-coureurs se manifestent grâce aux initiatives citoyennes. Ça ne viendra pas d’en haut. Des perspectives alternatives existent avec l’émergence de mutuelles, de groupements : une manière de fonctionner sans actionnaires, sans dividendes. Personne n’en parle vraiment, seules les multinationales font écrire. Même les hommes politiques sont en train de changer et commencent à assumer l’élan écologique qui traverse la population. Ainsi, certains gouvernements européens commencent à manifester leur hostilité à l’égard des OGM ».

C'est Philippe Desbrosses qui eut le mot de la fin : « De plus en plus de gens expriment cette prise de conscience avec ferveur et manifestent un vœu commun. Il y a une présence qui est là, un don, un projet qui nous dépassent ».

Festival du film nature et de l’environnement. Du vendredi 16 au vendredi 23 octobre 2009. Centre culturel Jean-Carmet, route de Nantes, 49610 Mûrs-Érigné. Tarif adultes : 4,50 € la séance, enfants (moins de 16 ans) : 1,50 € la séance. Pass festival : 17 € (adultes), 6 € (enfants). Renseignements : 02.41.57.81.87. Les détails du programme se trouvent sur le site internet du festival. Bar et restauration sur place.

Michel Barini


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