Comme l’expliquait Gérard Cogan, maître de cérémonie des séances du Club oenophile de Brissac, en ouvrant la séance : « notre région est riche en vignerons qui suivent les règles du « bio ». Les vignerons invités vont vous parler de cette culture spécifique, de ses exigences, mais aussi des résultats enthousiasmants qui expliquent leur passion ». Et de la passion il en faut, pour se lancer et réussir dans la viticulture biologique, comme l’ont expliqué au cours de la soirée, Christophe Daviau, du moulin de Bablut, à Brissac-Quincé et Richard Leroy de Rablay sur Layon.
« Pour l’instant il n’y a pas de vin bio, puisqu’il n’y a pas de cahier des charges pour la vinification. On parle donc de vin issu de la culture biologique. » expliquera Christophe Daviau, ce fils et petit-fils de vigneron venu à la culture biologique en 1996 sur l’ensemble du domaine dont il a la responsabilité. Selon le vigneron brissacois, l’INAO (Institut National des Appellations d'Origine) désormais appelé l’Institut national de l'origine et de la qualité, ne souhaitait pas que les vins dits « bio » entrent en conflit avec les AOC (Appellation d’Origine Contrôlée). Tout en présentant son vignoble, lequel est passé de 80 à 50 ha, tout en culture biologique, Christophe Daviau a rappelé que pour être certifié « bio » il ne fallait faire appel à aucun produit de synthèse. Le mildiou et l’oïdium, deux des maladies les plus redoutées des vignerons, sont alors traitées avec du cuivre pour la première et du soufre pour la seconde.
Christophe Daviau, utilise cependant une technique particulière, censée donner plus de vigueur à la vigne appelée la « biodynamie ». Cette méthode qui tient presque de l’ésotérisme a pour objectif d’améliorer la qualité de la vigne, d’obtenir une plante saine, avec un rendement optimum, tout en évitant l’épuisement des sols. A Brissac, Christophe Daviau, utilise du compost auquel il ajoute un mélange d’excréments de vache séché et de la silice broyée. Un savant mélange et une technique qui peuvent prêter à sourire, mais qui, selon son utilisateur, donnent des résultats encourageants tout en protégeant l’environnement.
« Je cultive de la vigne dans un jardin, un micro domaine » expliquera Richard Leroy, qui avec ses 3 ha cultivés sur les pentes ensoleillées du Layon, à Rablay sur Layon et Faye d’Anjou, pourrait faire figure de petit vigneron débutant. Mais cet amateur passionné qui fut dégustateur professionnel, grand amateur des vins de Bourgogne, a su se faire un nom dans la viticulture « bio », au point que désormais son discours est celui d’un professionnel capable de captiver son auditoire. Avec lui, inutile de se lancer dans de grandes envolées lyriques à propos d’un vin « Il faut enlever le bouchon de la bouteille et le goûter. Il est bon ou mauvais, un point c’est tout. » Avec Richard Leroy, le vin c’est un plaisir, et la dégustation ne se passe pas au niveau du nez, mais bien sur les papilles gustatives. De quoi tordre le cou à toutes les idées reçues en la matière.
Formé à l’école de Mark Angeli, un paysan vigneron solidaire de Thouarcé, grand prêtre de la viticulture bio en Anjou, Richard Leroy, n’oubliera pas de défendre les quelques 2% de viticulteurs qui entretiennent leur vigne sans pesticides. « Il faut un peu plus piocher » dira-t-il, « mais n’oubliez surtout pas que les désherbants chimiques sont utilisés dans les vignes depuis 1965 et que les romains qui produisaient déjà du vin, ne remontaient pas le Rhône pour aller acheter leur produits d’entretien chez Bayer ! » continue-il dans un discours enflammé, mais jamais extrémiste. « Les pesticides mis sur le sol et sur la plante, sont présents dans le raisin et par conséquent dans le vin que vous consommez » concluera-t-il sans pour autant porter une attaque en règle aux autres vignerons, considérant qu’à un moment ou un autre, ils seront obligés de céder à la tentation de la facilité pour satisfaire une clientèle de plus en plus préoccupée par ce qu’elle a dans son assiette et dans le cas présent, dans son verre.
Au cours de la soirée, les membres du club oenophile ont goûté et apprécié 7 vins issus de la culture biologique, dont un excellent Anjou Blanc, « les Noëls de Monthbenault 2006 », produit par Richard Leroy et un Anjou Villages Brissac, « Rocca Nigra 2005 », produit par Christophe Daviau. Deux vins d’exception qui ont prouvé par l’exemple, que la viticulture bio avait de beaux jours devant elle.