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Cuisine

Le goût, de nous surprendre !


Par Pierre Mevellec | le 15 Octobre 2004 | lu 4355 fois

Voici la 15ème édition des semaines du Goût qui se déroule en France. Elles se suivent et ne se ressemblent pas. Toujours empreintes d’originalité, d’imagination et de créativité, avec parfois des nouveautés gourmandes bien souvent déclinées autour d'un thème national. Cette année n’est pas coutume, nous avons décidé d’évoquer cette manifestation sous un regard un peu différent.



Corne d'abondance
Corne d'abondance
En effet c’est une semaine au cours de laquelle il est possible d’aller à la rencontre des producteurs, des restaurateurs et tout ce petit monde d’acteurs qui gravitent autour de l’alimentation et qui chaque jour cherchent à flatter nos papilles et nos sens en mettant en valeur les meilleurs produits et les meilleurs mets, dans nos assiettes. Cela dure depuis 15 ans, c’est le temps qu’il faut pour que nos enfants accèdent à l’adolescence. Au fil de ces années, nombreuses sont les personnes qui s’interrogent : « mais qu’avons-nous transmis à nos enfants en matière d’éducation nutritionnelle ? », pour également se poser la question suivante « durant cette semaine spéciale consacrée au goût, plutôt que d'envoyer des chefs ou artisans du bon goût dans les écoles, pourquoi ne pas envoyer nos chères têtes blondes visiter des usines agro-alimentaires, pour voir un peu comment sont produites les "knackies", et leurs jolis poulets panés et j’en passe… ?».

Pour la plupart des consommateurs et plus particulièrement pour les enfants, la découverte de cette multitude de produits nouveaux se fait par le biais des médias et en grande partie par la télévision qui nous abreuve de nouveautés qui respirent à l’extrême un parfum de ''malbouffe''. Personne n’ignore que les heures passées devant le téléviseur ne contribuent pas à améliorer notre condition physique, au contraire le contenu télévisuel est lui-même "obésitogène", du moins en ce qui concerne la publicité sur les aliments visant les enfants.

Nous sommes face à une logique économique plus qu’un choix de vie, pour cela, est-il utile d’expliquer qu’une nourriture de qualité ne rime pas obligatoirement avec luxe. De grandes enseignes qui en plus de nous proposer des produits ''bons pour vous'' sous le couvert de publicités au goût douteux, nous choquent en mettant en avant des produits gorgés de sel ou de sucre aux arômes synthétiques, que du bonheur surtout pour les enfants qui ont une prédisposition aux goûts relativement sucrés. Rappelons-nous de ce quelconque produit laitier à boire qui soit disant vous protège des maladies, dans ce cas on parle de santé, mais de quelle santé fait-on allusion…? serait-ce la santé financière des actionnaires de ces trusts.., qui malgré des bénéfices sans mesure, n’hésitent pas à licencier les mêmes parents de ces jeunes consommateurs. Les publicités qui touchent l'alimentation des enfants ont de quoi donner des boutons aux nutritionnistes. On peut regretter que la plupart des messages soient orientés sur la consommation de friandises, de collations préparées et de diverses boissons gazeuses, qui nous amène à constater que les enfants ne consommeraient aucun pain de grains entiers, peu ou pas de produits laitiers à la fois faibles en gras et en sucres, aucune légumineuse, ni noix, ceci aux constats de certains chercheurs. Les seuls légumes qu'ils consommeraient seraient ceux qui proviennent de repas pré-préparés ou de repas de collectivité ou au restaurant. L’alimentation globale serait déficiente en fibres alimentaires, elle serait aussi fort probablement trop riche en gras total, en gras saturés et en sodium. Il semblerait qu’un repas sur trois soit un repas déjà confectionné provenant de l'épicerie ou du restaurant.

Mais d’un autre côté les démarches qualités nous rassurent sur l’état sanitaire des produits. C'est quand même incroyable qu'on parle de ''malbouffe'' alors que la nourriture n'a jamais été aussi saine dans toute l'histoire de l'humanité. Peut-être même un peu trop, cela pourrait expliquer la recrudescence d'allergies alimentaires mais cela reste à prouver. Oui, les usines agro-alimentaires ne ressemblent pas à la cuisine de grand-mère, ce n'est peut-être pas très appétissant mais c'est supposé sain. Les dégâts du marketing de masse vous le constatez tous, lorsque vous êtes amenés à parcourir les allées de vos grandes surfaces. Quand on voit l’incidence sur nos choix alimentaires on peut sourire à la mise en avant d’une marque de couche qui réussit le tour de force de dire que grâce à son produit les bambins dorment mieux et seront plus éveillés voir plus intelligents ! Peut-on dire qu’il s’agisse d'habitudes alimentaires et d'hygiène de vie ? Alors oui, il y a des problèmes : le sel qui provoque une sorte de dépendance à court terme (vous mangez une chip, vous avez envie d'en manger une autre) ou du sucre (…des firmes agro-alimentaires américaines ont décidé de réduire les quantités de sucre dans leur produits de peur des procès, tout comme les fabricants de cigarettes….). Mais tout n'est pas noir, on peut manger des produits à base d'oeufs sans avoir peur de la salmonellose, ou boire du lait sans crainte car il est stérilisé... faut-il croire la pub ou les chercheurs dans le domaine de la nutrition humaine; ou peut-on s’imaginer que la peur est plus vendeuse... Qui ne se retrouve pas dans les propos suivants ? « Y'en a marre du "sain", je veux bouffer des fromages avec du bon moisi, bien affiné dans une cave et pas dans un laboratoire. On est en train de s'affaiblir à manger des trucs totalement vides, 10 fois désinfectés, irradiés, pasteurisés, uht-isés... », Oui, il y a sûrement moins d’empoisonnements qu’au début du siècle mais les scandales alimentaires (vache folle et poulet à la dioxine…) des dernières années sont là pour nous rappeler à la vigilance. Les normes c’est bien mais attention à l'aseptisation totale de notre nourriture. De plus en plus de produits n’ont plus de goût, on injecte des vitamines à gogo dans tout et n’importe quoi, vive l'industrie florissante de l'exhausteur de goût et des arômes artificiels… Qui n’a pas entendu ? « j’achèterai bien du bio, mais cela reste encore un peu plus cher ». Alors, ceux qui ont le temps fréquentent les derniers marchés locaux qui survivent et cuisinent des bons petits plats en toute simplicité.

Alors amener les enfants dans les usines de plats préparés, ce n'est pas une si mauvaise idée. C'est peux être propre, évidemment, mais à part ça, est-ce appétissant ? (il faut se souvenir d'un reportage télévisé sur la fabrication des innombrables "crackeling" servis en guise d’accompagnement à l’apéritif, et suite à ce genre d’images on préfère se rabattre sur les olives au naturel...). En d’autres circonstances, que doit-on penser, de cette personne qui nous dit : « moi cela ne me dérange pas de consommer un produit laitier dont la date limite "à consommer jusqu’au" est dépassée depuis quelques jours », en effet, les produits commercialisés sont justement tellement ''sain'' qu’on serait tenter de croire qu’ils se gardent bien plus longtemps que leur date limite. Aujourd'hui, on mange tellement de conservateurs et autres excipients et substances à effet notoire que la réflexion d’un fossoyeur prêterait à sourire quand il nous dit que cela pose problème dans les cimetières, ils sont embarrassés parce que l’on mange tellement de ''cochonneries'' à ce point que les cadavres mettent un temps infini à se décomposer, les morts ne veulent même pas laisser un peu de place aux suivants, un comble… !

Evidemment, soyons rassurants, nous nous associons aux valeurs défendues par la Semaine du Goût car les métiers de bouche, authentiques, modernes et innovants, sont des vecteurs irremplaçables pour faire passer un message d’éducation nutritionnelle. Ils favorisent la découverte des goûts et des saveurs et défendent avant tout la qualité et la traçabilité de nos produits. Un gros travail nous attend collectivement pour renverser la tendance, tout espoir est permis. Toutefois il est bon de rappeler que le goût, au même titre que la sécurité routière et de surcroît le respect aux personnes âgées, ne sont pas des sujets qui nous sensibilisent seulement sur une semaine mais au contraire tout au long de l’année, à méditer….

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Pierre Mevellec


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