Festival film nature et environnement 2010



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Festival Film Nature

La mer pillée et… confisquée

5e Festival du film nature et de l’environnement de Mûrs-Erigné


Par Michel Barini | le 18 Octobre 2009 | lu 868 fois

Océan amer... Après les perches du Nil, au tour des sardines du Maroc. Dans une course à la mondialisation sans limites, des flottes étrangères sont en train d’annexer en toute légalité les eaux territoriales marocaines au nez et à la barbe des pêcheurs locaux.



François-Noël Pavie, Jacques Massé, Philippe Bodard et Yves Paccalet en scène pour le premier débat de festival.
François-Noël Pavie, Jacques Massé, Philippe Bodard et Yves Paccalet en scène pour le premier débat de festival.
Comme dans le Cauchemar de Darwin à propos des perches du Nil, le documentaire de Jawad Rhalid Les Damnés de la mer dénonce les pêches intensives des grandes compagnies européennes sur les cotes marocaines. On assiste non seulement à un pillage en règle du patrimoine halieutique mais surtout à la confiscation des hommes par d’autres hommes d’un bien fragile et inestimable. La force de ce film belge, proposé en ouverture du festival, réside dans le fait qu’il n’est pas commenté et raconte une histoire juste en observant vivre les personnages et en les écoutant.

A Essaouira, grande ville portuaire située sur les rives de l’Atlantique, les sardines se font de plus en plus rares contraignant les pêcheurs à migrer à Dakhla, plus au sud, pour y trouver des eaux plus poissonneuses. Seulement, des quotas leur sont imposés par les autorités qui souhaitent protéger la ressource, interdisant toute sortie en mer. Ils n’ont donc rien d’autre à faire que d’attendre et de survivre dans l’attente d’une autorisation. En même temps et sous leurs yeux, d’immenses chalutiers s’activent à l’horizon en aspirant littéralement des centaines de tonnes de poissons. Injustice poussée jusqu’à son paroxysme, des licences ont en effet été accordées par le gouvernement à ces navires qui défient la logique et l’équité.

À l’issue de la projection, place fut faite aux intervenants. Autant que la mondialisation et ses conséquences, l’écrivain-philosophe Yves Paccalet et Jacques Massé, chercheur à l’Ifremer, ont essentiellement porté le débat sur la surexploitation des océans, le sujet qui était à l’ordre du jour et qu’ils étudient particulièrement dans le cadre de leurs recherches respectives.

Selon Yves Paccalet, l’ancien compagnon de campagnes du commandant Cousteau, « la pêche est devenue une cueillette qui s’exécute avec des filets gigantesques, des moyens de repérage avec sonar, avions d’observation, photos satellite. Là où il y a du poisson, les armateurs y vont. L’erreur, c’est d’accorder les permis aux grosses flottes et d’anéantir cette pêche artisanale qui est plus équilibrée. Ajoutez à cela les pollutions, les changements climatiques qui se confirment. Et tout se conjugue. Peu de chance que les générations futures de pêcheurs aient de l’avenir. Sauf à réglementer. Par exemple, protéger des zones de mer pour reconstituer les espèces, confirmer les quotas… »

Pour Jacques Massé, le citoyen doit aussi faire des choix de consommation et contribuer à la régulation : « Nos exigences sont énormes. Il faut accepter de se passer de thon, de bars qui sont des poissons situés en haut de l’échelle alimentaire. C’est comme vouloir manger à tout prix des fraises en hiver. Respectons les cycles. La situation est grave mais pas encore apocalyptique. Au Chili, les stocks d’anchois s’étaient effondrés pour disparaître pendant une quinzaine d’années avant de se reconstituer. Même chose en Norvège avec le hareng disparu dans les années 80, ce qui a stoppé toute pêche, et qui est ensuite revenu. La faune des poissons s’adapte parfois, mais elle est dépendante de notre volonté. Je ne dis pas qu’on va sauver la pêche, mais j’ai envie d’y croire »

N’éludant aucun sujet, les débatteurs ont ensuite évoqué l’aquaculture, les nourritures minotières, la pêche à des profondeurs inouïes, le massacre programmé des requins, le réchauffement des océans. Pour terminer la soirée, ils ont répondu aux questions d’un public captivé par la profondeur du débat.

Festival du film nature et de l’environnement. Du vendredi 16 au vendredi 23 octobre 2009. Centre culturel Jean-Carmet, route de Nantes, 49610 Mûrs-Érigné. Tarif adultes : 4,50 € la séance, enfants (moins de 16 ans) : 1,50 € la séance. Pass festival : 17 € (adultes), 6 € (enfants). Renseignements : 02.41.57.81.87. Les détails du programme se trouvent sur le site internet du festival. Bar et restauration sur place.



Michel Barini


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