Une fois n’est pas coutume, la soirée du festival du Film Nature était empreinte d’un certain optimiste, même si le film qui servait de fil conducteur n’avait rien de réjouissant. Réalisé par le guinéen Kal Touré, récompensé cette année au Festival du Cinéma d’Afrique à Angers, « Victimes de nos richesses » jette un pavé dans la mare, celle des européens que nous sommes.
Ce film traité par un réalisateur au talent prometteur, retrace les tentatives de traversée de la Méditerranée par les jeunes africains à la recherche d’un eldorado. Refoulés par toutes les polices européennes, ces jeunes donnent « leur » version des faits, laquelle ne correspond pas toujours à celle que nous lisons dans nos journaux ou entendons au journal télévisé. Ce film traité avec justesse analyse avec l’aide d’acteurs de la société civile ce qui pousse ces jeunes à quitter leur pays, au péril de leur vie, pour trouver, quand ils réussissent, des emplois d’esclaves pour des salaires de misère.
« Ce film ne peut pas laisser indifférent. Je ne suis donc pas surpris des réactions du public » dira le sage malien Many Camara, enseignant en sociologie à l’Université d’Angers, présent sur le plateau de la salle Jean Carmet. « Mais je demande aux gens de prendre de la distance, avec beaucoup de sérénité, car ce que vous avez vu dans ce film c’est un danger qui nous menace tous ».
Propos repris par l’écrivain français d’origine camerounaise : Victor Bouadjo « Il faut apprendre à se détacher de l’émotion. L’agonie dans laquelle se trouve le continent africain vient de très loin ».
Comme le souligneront tout au long de la soirée les invités africains du festival, c’est l’histoire qui a fait l’Afrique et créer des conditions telles que les habitants de ce continent, le plus riche du monde, par son sous-sol, et le moins endetté, ne peuvent plus rester chez-eux. Ce sont les puissances financières du monde entier, de l’Europe et de la France en particulier qui, non contente d’avoir colonisé la plupart des pays d’Afrique et réduit à l’esclavage ses peuples, continuent à manipuler les gouvernements en place pour leur seul profit.
« Mais pourquoi ne vous révoltez-vous pas ? » dira Philippe Bodard. « Les africains n’arrêtent pas de se révolter, mais ils ne parviennent pas à faire face, muselés qu’ils sont par des dirigeants corrompus par l’argent » diront sans aucune amertume les invités d'une soirée qui permettait de comprendre comment nos grandes sociétés pétrolières et minières continuent à exploiter, sans état d’âme des pays exsangues.
Ainsi on entendra, sans que cela soit vraiment une surprise, que les pays d’Afrique sont encore soumis aux grandes puissances, selon le modèle de l’économie coloniale. Rien n’a changé et pendant que certains épuisent le sous-sol, ceux qui sont en surface crèvent de faim. Pas étonnant qu’ils cherchent à rejoindre les pays qui s’enrichissent sur leur dos, ne serait-ce que pour partager une part d’un gâteau dont ils sont, à l’origine, les propriétaires. Et là, les mêmes, non contents de les saigner, les rejettent à la mer. Il y a bien de quoi se révolter. Mais est-ce vraiment dans la nature du peuple africain, plus habitué à dialoguer, communiquer, qu’à se battre pour son indépendance. Et quand il se bat, c’est parce que l’on a sans doute armé son bras, nous européens, français, pour rechercher de nouveau profits.
« A ce jour l’Afrique n’a pas réussi à s’échapper de la main mise de l’occident » conclura Many Camara, en rappelant que nous sommes tous des humains et que nous devons plus que jamais nous serrer les coudes, car ce que nous faisons subir à l’Afrique depuis des siècles pourrait peut-être un jour se retourner contre nous, si nous n’y prenons pas garde. Ne sommes nous pas à notre tour dépendants des pays émergents ? Many Camara qui était là pour nous le rappeler est vraiment un sage que nous serions bien inspirés d’écouter.