Et vous, où étiez-vous en Mai 68 ?


Il y a 40 ans, en mai 1968, un vent de liberté soufflait sur la France. Loin des émeutes du quartier latin à Paris, l’Anjou a vécu elle aussi son mai 68, plus calme, comme d’habitude. Mais ceux qui avaient 20 ans en 1968 s’en souviennent. Alors comme le font la plupart des journaux, nous avons-nous aussi envie de marquer cet anniversaire, d’autant que certains d’entre nous l’ont vécu en direct.



Sous le pavé, la plage ... l'un des slogans de Mai 68
Sous le pavé, la plage ... l'un des slogans de Mai 68
En 1968, Angers n’était pas la cité universitaire que l'on connait aujourd’hui et les étudiants, même s’ils étaient solidaires de leurs collègues parisiens, ne battaient pas autant le pavé. Dans l’Ouest les plus grosses manifestations étudiantes eurent lieu à Nantes, où le 13 mai en fin de soirée, les étudiants de la ville des Ducs de Bretagne, s’en prirent à la Préfecture, lançant des pavés contre les façades, arrachant les grilles et incendiant même la voiture du préfet.

Célèbre pour sa douceur de vivre, Angers a certes connu quelques grèves et quelques grandes manifestations regroupant étudiants et ouvriers dans les rues principales, mais pas de barricades, de jets de pavés et de grenades lacrymogènes. Ici, comme sur les bords de l’Aubance, on suivait plutôt l’évolution de la situation sur le « transistor » familial, ou sur l’ORTF (Office de Radiodiffusion-Télévision Française), la première chaîne de télévision en noir et blanc (la deuxième chaîne, en couleur, existant depuis 1967, n’émettait pas encore dans la région). De cette période où tout semblait permis, cinquantenaires et soixantenaires s’en souviennent, puisqu’ils étaient étudiants en fac de médecine, collégiens, apprentis, lycéens mais aussi ouvriers dans les grandes usines d’Angers.

« De mai 68, je conserve le souvenir d’un BEPC au rabais, puisque les profs étaient en grève et de mon père qui ne se rendait plus à l’usine. A la maison on avait pas la télé, on écoutait à la radio les infos sur les manifs parisiennes » se souvient Jean Luc, habitant de Blaison-Gohier, alors collégien à Angers.

« Je me rappelle des transports en grève et de l’impression qu’il se passait vraiment quelque chose en France. Mes parents étaient inquiets et se demandaient comment tout cela allait finir » continue Paul.

A l’Université Catholique de l’Ouest, des débats furent organisés, d’autant que le ministre de la fonction publique de l’époque, Edmond Michelet, qui était aussi très impliqué dans les mouvements de la jeunesse chrétienne, devait venir inaugurer la Fac de lettres. Moi qui me promenait à Angers à la recherche d’un emploi, passant devant l’Université j’ai le vague souvenir de groupes d’étudiants qui appelaient à la solidarité avec ceux de Paris ou de Nantes. Mais le mouvement ne prenait pas vraiment et la vie reprenait ses droits, plutôt paisible.

C’est ce qui suivit qui fut le plus sympathique, car un vent de soudaine liberté, soufflait sur le pays. Quoique n’ayant pas vraiment souffert de l’avant 68 – mes parents étaient de modestes ouvriers qui se débrouillaient pour vivre – on avait la nette impression que plus rien n’était comme avant. Toutes les restrictions semblaient levées et pour les jeunes que nous étions à l’époque c’était plutôt sympathique. Le célèbre slogan « Il est interdit d’interdire », prenait soudain tout son sens.

Mais maintenant que reste-t-il de cette époque que certains voudraient nous faire oublier ? A-t-elle engendrée une certaine forme de laxisme ? Ce n’est pas exclu car la génération qui avait moins de 20 ans en 68, dont je fais partie, voulait se libérer du carcan parental et surtout ne pas appliquer les mêmes règles, plutôt draconiennes, à ses propres enfants. Quant à la liberté dont nous parlions tous, elle a parfois commencé ou s’arrêtait celle des autres. Une chose est sûre, cette période qui fait partie des moments forts de notre histoire, n’est qu’une étape dans l’évolution de notre société. Elle n’a rien de comparable avec ce que nous vivons aujourd’hui, même si, sur le plan social, il reste encore beaucoup à faire.

Et vous, quel souvenir gardez-vous de Mai 1968 ?

Mercredi 14 Mai 2008
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