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Brissac-Quincé

En attendant les coureurs.


Par Yannick Sourisseau | le 10 Juin 2005 | lu 1059 fois

Dans toutes les campagnes de France, le passage d’une course cycliste est toujours un évènement qui met des spectateurs enthousiastes sur le bord des routes. Ce dernier Dimanche, 5 juin 2005, le comité des fêtes de Brissac organisait un championnat régional réservé aux spécialistes de la petite reine. Malgré le plateau relevé, le nombre de participants et le temps relativement agréable, ils étaient bien peu sur le parcours pour encourager les sportifs.



Les coureurs dans les lacets de Brissac (Photo S. Aubinaud)
Les coureurs dans les lacets de Brissac (Photo S. Aubinaud)
Certes il ne s’agissait pas du Tour de France et même si le peloton était presque aussi important, les cyclistes présents n’étaient pas classés au « top 10 » des vedettes du monde sportif. N’empêche que parmi ces vaillants coureurs il y avait peut être un Richard Virenque ou un Bernard Hinault qui sommeillait. Ceci dit, avec un plateau de plus de 130 cyclistes, cette course avait pourtant fière allure et surtout de quoi réjouir Michel Denis, le président du comité des fêtes de Brissac et son bataillon de commissaires de course. Alors, si le public ne s’est pas autant déplacé que pour une étape du Tour de France, il y avait presque autant de monde en ce qui concernait la sécurité des carrefours à risque. Heureusement il y avait les inconditionnels comme " Dédé " ou "P’tit Louis" qui, après avoir assisté au départ depuis les lacets du château, s’étaient déplacé en un autre point stratégique du petit circuit d’un peu plus de 13 Km. Ce dernier établi sur les communes de Brissac, mais surtout de Charcé Saint Ellier sera parcouru 10 fois dans l'après midi, permettant de totaliser un parcours de près de 140 km à un rythme très soutenu.

Il est vrai que le parcours n’était en rien comparable à une étape des Alpes ou encore des Pyrénées et encore moins de Paris Roubaix, toutefois nos deux amis, assis sur leur fauteuil pliant, avaient à peine le temps de se lever pour voir le peloton passer. "Ils roulent trop vite, ils en ont dans les jambes ces p’tits jeunes !" nous crie Dédé, tout en vociférant à l’encontre des coureurs, afin de les inciter à rouler encore plus vite. Un voisin, qui visiblement ne connaît la course cycliste qu’à travers le journal télévisé, dit à Dédé "Pour rouler à cette vitesse, ils sont certainement dopés ! ". Cette fois-ci c’est notre ami P’tit Louis qui, après avoir avalé un verre de rosé, lui répond « Au pinard, peut-être ! » Il est vrai qu’en la matière, avec son nez rouge violacé, notre "gars Louis", comme l’appelle aussi Dédé, semble être un connaisseur. Les échanges terminés, voici qu’un groupe d’attardés s’annonce et nos deux amis se remettent à gesticuler de plus belle, applaudissant à tout rompre pour les encourager à rejoindre le gros de la troupe, passé depuis quelques secondes. Ce sera ainsi tout l’après midi, jusqu’au moment où nos deux compères se décideront à rejoindre la ligne d’arrivée, alors qu’il reste encore deux tours de circuits à parcourir. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, nos deux protagonistes auront plié leur siège, ramassé la glacière et les bouteilles, et monté dans leur voiture pour se glisser derrière les derniers coureurs, à la manière d’une voiture de directeur sportif.

Si sur le parcours, il n’y avait pas beaucoup de spectateurs, sur la ligne d’arrivée, il y avait un peu plus de monde à se bousculer derrière les barrières. Cependant ce n’était pas la foule escomptée par les organisateurs. Il restait donc de la place pour nos amis, qui après avoir réussi à stationner leur véhicule sur les bords de l’Aubance, purent se glisser sans problèmes juste derrière la ligne d’arrivée. "Nous sommes bien placés ! " Nous dit Dédé, ravi de pouvoir assister en direct au sprint qui se prépare. Soudain quelques coups de sifflets, le commentateur qui s’égosille derrière son micro, quelques motos de la police et de la sécurité et voici que le premier coureur, arque bouté sur sa monture fait irruption sur la ligne droite de l’arrivée, après voir négocié le dernier virage à grande vitesse. Le sprint final est à peine lancé que les vainqueurs ont déjà franchi la ligne d’arrivée, tout au moins bien avant que P’tit Louis ait eu le temps d’ajuster sa casquette pour mieux jouir du spectacle. "C’est déjà fini, mais au fait c’est qui le vainqueur ? " Dit-il à son nouveau voisin. "C’est un coureur de l’équipe Vendée U, mais je ne connais même pas son nom !", lui répond ce dernier.

Ils sont venus pour le vélo, pour la course, pour le spectacle, l’identité des cyclistes leur importait peu. D’autant que pour cette fois-ci ils avaient peut être raison de ne pas retenir le nom du vainqueur au sprint, puisque ce dernier s’est fait disqualifier pour une banale histoire d’oreillette, interdite parait-il en course régionale. "Lui qui voulait se prendre pour un professionnel, c’est raté !", aura certainement pensé Dédé, qui, heureux de son après midi, est reparti vers sa campagne, non sans avoir fait escale au bistrot du coin, juste pour refaire la course autour d’un verre. Sacré Dédé, sans lui la course régionale de Brissac, fusse-t-elle d’un bon niveau, n’aurait pas eu le même attrait.




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