En cette nuit de Noël l'église de Vauchrétien était bondée. Chrétiens venus fêter comme chaque année la naissance de Jésus de Nazareth mais aussi curieux, ont assisté, en ce 24 Décembre 2006, à une messe de minuit dans la plus pure tradition de l'Anjou, en musique et en patois local. Comme elle le fait depuis 1947, la compagnie "les Plantagenets compagnons de Marc Leclerc" perpétue chaque année dans une église de l'Anjou, à l'instar des Santons provençaux, la tradition des Naulets, ces petits personnages en faïence né de la main du céramiste Paul Maudonnet.
De passage à Toulon, pendant la seconde guerre mondiale, l'artiste se prit de passion pour les Santons de Provence. Les fêtes de Noël étant suivies avec autant de ferveur en Anjou qu'en Provence, le céramiste revint avec l'idée de créer des santons Angevins, reproduisant les personnages de la vie quotidienne de l'époque et pouvant servir à décorer les crèches, ces reproductions de la scène de la nativité de Bethléem. Ces petites figurines de 12 cm de hauteur furent créées avec le soutien d'un poète patoisant, personnage célèbre en Anjou : Marc Leclerc. Ce dernier donna à Paul Maudonnet toutes les indications pour créer une dizaine de personnages. C'est ainsi que naquirent la Mère Rideau des Ponts de Cé, la coiffe angevine sur la tête et un panier de victuaille au bras; le père Raisin de Thouarcé avec ses sabots de bois et son panier de produits de la vigne; le gars Béduneau, maraîcher à Saint Barthélémy d'Anjou, accompagné de Maninette de Morannes, fileuse de laine, sa promise; Perrine la servante du curé ainsi que Jean et Jeannette, les quéniaux (enfants) de Brissac, gardiens d'oies; Justine la ravaudeuse (raccommodeuse de vêtements), Monsieur Bégaud de la Bégauderie, maire du village, habillé en queue de pie et haut de forme, le falot (lanterne) à la main; le Gars Léon, joueur de boules de fort à Mazé; et enfin la Mère Duval, aubergiste du Thoureil avec sa soupière aux bras. Tous ces personnages symboles de notre belle province formèrent ainsi les "Santonnets d'Anjou", un nom déposé par l'artiste céramiste.
A la fin de la guerre, le créateur de ces petits personnages, eut entre les mains une chanson des vieux Noël Angevins, datant XIIème siècle, laquelle se terminait par « allons chanter Nau Nau - Naulet –Nau". En patois angevin, Nau voulait dire Noël et Naulet, petit Noël. Ce dernier terme retint l'attention de Paul Maudonnet, qui après en avoir informé son ami Marc Leclerc, retint ce mot pour désigner ses personnages. Les Santonnets d'Anjou devinrent alors les Naulets d'Anjou. C'est alors que naquirent d'autres personnages tels que Bec Salé, le pêcheur de la Ménitré, pieds nus avec son filet de pêche; Auguste le Perreyeux, ardoisier de Trélazé, le bloc de schiste sous le bras; et enfin Jamin Hubeau, le meunier de Ste Gemmes, le sac de farine sur le dos.
Deux autres poètes patoisants, André Allory et Émile Joulain, eurent l'idée d'écrire une messe de Noël en patois Angevin. Cette messe fut mise en musique par Michel Guégnard qui n'était autre que le beau frère des principaux animateurs du groupe folklorique "les Plantagenets". Ce groupe créé en 1931, devint " compagnie Marc Leclerc" à la mort du poète en 1946. Ce groupe musical et folklorique, qui perpétue désormais les us et coutumes de l'Anjou, eut la lourde tache de chanter pour la première fois en 1947, à Mazé, les chants de Noël en patois et surtout d'animer, depuis 1979 à Martigné Briand, les Naulets d'Anjou dans leur costume propre.
Depuis, la nuit du 24 Décembre, peu avant minuit, les Naulets en chair et en os, prennent place dans une église différente chaque année, pour chanter les chants traditionnels écrits par les poètes patoisants, mais aussi pour offrir à l'enfant, placé dans la crèche, des paniers de légumes et autres produits de la terre d'Anjou, comme ce fut le cas à Vauchrétien.