La météo avait annoncé de la pluie. De gros nuages sont passés dans les cieux au-dessus de la Loire et c'est finalement un soleil estival qui a inondé les basses vallées situées entre Saint Sulpice sur Loire et Blaison Gohier pour la fête du « bon vieux temps » ce dimanche 7 août 2005. Organisée par l'association du même nom, cette 13ème édition aurait pu, comme les autres années, passer pratiquement inaperçue, sauf pour les passionnés de mécaniques agricoles et leurs amis. Mais, cette année, les dirigeants avaient décidé, en collaboration avec les artisans locaux, de médiatiser leur rassemblement annuel en faisant un peu de publicité dans le journal local. Faute d'un balisage portant le nom de la manifestation, les spectateurs, se sont déplacés vers le bourg de Blaison, pensant trouver, outre les traditionnels battages à l'ancienne et autres démonstrations de labours, les danses de nos grands parents et pourquoi pas des produits du terroir. Mais ils ne trouvèrent pas trace d'animation dans le centre du village. Heureusement des flèches sur lesquelles était porté le mot « battages » pouvaient laisser penser qu'il s'agissait bien de la manifestation en question. Si les battages faisaient effectivement partie des animations, « le bon vieux temps » est avant tout un rassemblement de possesseurs de tracteurs, moissonneuses, véhicules utilitaires anciens, cycles, moto, mobylettes et vieux moteurs agricoles, organisée par une association de bénévoles qui porte le même nom. Cette structure associative organise chaque année, une présentation du matériel appartenant à la trentaine d'adhérents qui la compose. En dehors de cette présentation de matériel d'antan, point de concours, danses folkloriques et produits de la ferme. Mais le public n'en était pas pour autant déçu, car cette collection de tracteurs, du plus petit au plus gros, sans atteindre toutefois la taille de ceux que l'on croise aujourd'hui, valait quand même le déplacement, pour peu que l'on s'intéresse à la vie dans nos campagnes au siècle dernier.
Les organisateurs de l'association « au bon vieux temps » sont de véritables collectionneurs, passionnés par les mécaniques rustiques. Ici pas de roues chromés ni de lanterne en cuivre, mais de vrais gros moteurs, dégoulinant d'huile et crachant d'épaisses volutes d'une fumée bien grasse. Ils sont employés communaux comme le président de l'association, Christian LATOUCHE ou encore mécanicien automobile. Si certains ont des origines rurales, aucun exercent aujourd'hui le métier d'agriculteur. Ils sont tout simplement tombés amoureux de ces vieux tracteurs dont le bruit caractéristique nous réveillait, le matin à la campagne, mais aussi de moissonneuses et parfois même par de motos pompes, quand ce ne sont pas les faucheuses et les batteuses. Autant d'engins au confort spartiate, aujourd'hui remplacés par des monstres dont l'équipement, notamment pour ce qui concerne le poste de conduite, rivalise avec nos automobiles.
Les seniors, qui étaient certainement les plus nombreux à se promener dans la prairie, ont abreuvé les exposants de questions et d'anecdotes concernant les bons moments qu'ils ont passé sur les sièges métalliques de ces tracteurs ou sur le tas de gerbes lors des traditionnels battages à la ferme. Pour l'occasion, les membres de l'association avaient coupé du blé et réalisé la mise en gerbes avec une ancienne faucheuse, dans un champ voisin. Ensuite, devant le public, ils ont effectué les battages à l'ancienne à l'aide de deux batteuses qui crachaient le grain et la paille dans un nuage de poussière. L'une d'elle, une « Merlin », datait de 1930. Pendant ce temps, un tracteur tirait des skis fait à l'aide de « douelles » de barriques, sur lesquels étaient juchés des enfants ravis de découvrir un nouveau jeu. A l'entrée, le camion des pompiers de … Blaison Gohier, daté de 1925, avec pompe à bras, veillait, pour le principe, aux éventuels incendies. Si tel avait été le cas, il aurait certainement fallu faire appel aux pompiers de Brissac, car la pauvre pompe de Blaison n'aurait pas été d'un grand secours.
« Organisée tous les ans, le premier Dimanche d'Août, cette fête a pour objectif de nous faire connaître, trouver de nouveaux adhérents collectionneurs, et se faire un peu d'argent à la buvette. Une association ça coûte toujours un peu de sous ! » nous confiait le président entre deux gerbes balancées dans le ventre affamé de l'une des batteuses.