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Carte postale des Hautes Pyrénées

Sur les pas de l’ours


Par Yannick Sourisseau | le 12 Août 2006 | lu 4244 fois

Pour la plupart d’entre nous, les vacances d’été sont propices au farniente et aux loisirs. Certains choisissent de partir vers les plages de l’océan Atlantique tout proche, d’autres cèdent à l’appel des cimes pour des balades à pied ou en vélo. Mais qu’importe le lieu, pourvu que l’on y prenne du plaisir. Cette année encore, j’ai choisi de prendre un peu d’altitude et de partir sur les traces de l’ours des Pyrénées.



L'ancienne gare de Cauterets
L'ancienne gare de Cauterets
Il faisait si beau sur les bords de l’Aubance en ce début d’Août 2006, que j’aurais pu prendre une canne à pêche pour taquiner le goujon ou encore partager un petit verre de vin moelleux avec quelques amis vignerons. J’aurais pu aussi comme la majorité des habitants de la région, partir vers les plages de Bretagne ou de Vendée. En contact avec beaucoup de personnes tout au long de l’année, j’ai opté pour des lieux plus calmes, loin des plages surpeuplées, afin de profiter, si possible, d’une nature authentique. Mais c’était bien sûr sans compter sur la canicule qui sévissait encore sur la majeure partie du territoire français et qui poussa de nombreux vacanciers vers des régions où la météo semblait plus clémente. Ce fut notamment le cas de la chaîne Pyrénéenne, qui de part sa situation géographie et de sa moyenne altitude, permet généralement de passer des vacances agréables. Cette année il était donc extrêmement difficile de trouver un gîte rural permettant d’accueillir notre famille au grand complet, surtout lorsque comme moi, on effectue une réservation au dernier moment. Après plusieurs jours de recherche sur les nombreux sites web de réservation en ligne, c’est sur la petite ville de Cauterets (Hautes Pyrénées), aux portes du Parc National des Pyrénées que nous avons jeté notre dévolu.

Après quelques heures de route - les Pyrénées se situant à peine 7h de l’Aubance - et quelques bouchons routiers contournés grâce à notre GPS embarqué, nous prenions possession de notre chalet. Cauterets n’a rien d’une station de sports d’hiver classique avec ses chalets et ses immeubles de béton. Située à 1000 mètres d’altitude, entourée de forêts de mélèzes et irriguée par de nombreux torrents à l’eau chargée en soufre, c’est avant tout une ville thermale qui accueille, depuis l’époque Gallo-romaine, tous ceux qui souffrent des voies respiratoires et de rhumatismes. De petits immeubles, des hôtels de luxe au charme désuet ainsi qu’un casino, le tout datant du XIXème siècle - La reine Hortense, mère de Louis Napoléon Bonaparte, aurait séjourné plusieurs mois dans la région en 1807 - témoignent du passé historique de la ville. L’ancienne gare en bois constitue l’un des derniers vestiges de la ligne de chemin de fer qui amenait, autrefois des wagons de curistes vers cette ville dont les bienfaits étaient mondialement connus. L’ancienne voie est aujourd’hui réhabilitée en chemin permettant de rejoindre à pied Pierrefite Nestalas, dans la vallée du Gave de Pau. Si de nos jours, Cauterets reste une station thermale très active, mais une station de sports d’hiver, lorsque la neige recouvre les Pyrénées, c’est avant tout l’endroit idéal pour se ressourcer et évacuer le stress de la vie moderne, comme le dit la brochure distribuée par l’Office de Tourisme.

Pour notre part, n’étant pas encore affectés par des problèmes articulaires et pas trop stressés non plus, nous avions surtout choisi ce lieu pour son cadre et surtout parce qu’il constituait une base de départ de circuits en vélo vers les plus hauts cols pyrénéens (Tourmalet et Aubisque) mais aussi de randonnées pédestres vers quelques lacs d’altitude, situés en bordure du Parc National des Pyrénées.

Une nature authentique, pour combien de temps encore ?

Le lac de Gaube
Le lac de Gaube
A peine arrivés sur les lieux, nous effectuons une première visite auprès de l’Office de Tourisme local. Premier constat, si les hôtesses, très sollicitées par les nouveaux arrivants, effectuent leur travail avec beaucoup de professionnalisme, elles n’ont pas le sourire de leurs collègues de l’Office de Tourisme Brissac-Loire-Aubance. Toutefois nous obtenons les informations nécessaires à la préparation de nos randonnées.

Compte tenu de la différence d’altitude part rapport notre Aubance, nous choisissons, pour débuter et se mettre en jambe, de partir à la découverte des nombreuses cascades et gaves qui alimentent les thermes de Cauterets et des environs. Cette promenade de deux heures, sur des sentiers escarpés, mais somme toute accessibles, font partie des chemins du Lavedan, un ensemble d’itinéraires balisés, classés selon les difficultés, au départ des villes de Cauterets, Pierrefite-Nestalas et d’Argelès Gazost, autres stations thermales de la région pyrénéenne.

Les jours suivants, après avoir parcouru une partie de l’ancienne voie ferrée en direction de Pierrefite Nestalas, nous effectuons une visite au Lac d’Estaing, dans la vallée voisine. Ce lac d’une assez grande surface, niché aux abords du Parc National, dispose d’un espace d’accueil pour le pique nique, d’un terrain de camping en pleine nature, d’un centre équestre pour ceux qui veulent effectuer des balades à cheval et d’une aire d’accueil pour les camping-cars. Ces derniers relativement nombreux sur les rives du lac gâchent quelque peu le paysage. Mais l’eau turquoise de ce lac d’altitude ne laisse pas insensibles les touristes qu’ils soient motorisés ou non, d’autant qu’une route goudronnée permet d’accéder à ses rives.

Une seule issue pour retrouver un peu d’authenticité : partir vers des lieux inaccessibles au engins motorisés. C’est ce que nous ferons le lendemain en rejoignant le site dit « du Pont d’Espagne » en automobile, puis en continuant à pied vers un des plus majestueux lac d’altitude de la région : le lac de Gaube. Surprise, le parking situé au pied du Pont d’Espagne contient plus de 2000 véhicules. Nous ne serons donc pas seuls sur les chemins qui mènent au lac, d’autant que si le parcours est constitué de marches de pierres naturelles rendant la progression difficile, le site naturel n’est qu’à 1h 30 de marche. Rien que pour voir le Vignemale, le plus haut sommet des Pyrénées françaises de refléter dans son eau limpide cette marche attire tous les touristes de la région, rodés ou pas à la randonnée en montagne.

Le surlendemain, nous partons vers un site du Parc National des Pyrénées, le site du lac d’Estom. L’itinéraire qui nous conduit à ce lac semble plus difficile, d’une part pour la différence d’altitude entre le départ et l’arrivée d’autre part pour la longueur du parcours et surtout la présence de tronçons réputés plus sportifs. Même si le sentier reste encore assez fréquenté, nous serons moins nombreux à accéder au lac perdu dans la montagne au pied d’un glacier permettant d’alimenter en eau cette splendide réserve naturelle. Après quelques jours de marche nous sommes enfin dans une nature préservée de la main de l’homme, d’ailleurs les vaches y vivent en totale liberté. Au détour du sentier nous croiserons quelques aigles tournoyant dans le ciel, nous apercevrons quelques isards accrochés aux parois des montagnes environnantes et nous entendrons quelques cris de marmottes (sans les voir), mais nous ne trouverons pas les traces du fameux ours des Pyrénées.

Et pourtant nous aurions aimé croiser le chemin (à distance respectable, bien sûr …) du plantigrade qui fait couler beaucoup d’encre dans la région, avec d’un côté les professionnels du tourisme et les marchands de produits du terroir qui s’en servent comme argument publicitaire pour attirer les visiteurs et de l’autre les bergers et les chasseurs qui aimeraient bien lui faire la peau. En attendant l’ours fait beaucoup de bruit et pourtant nous ne l’avons pas vu, sauf en peluche géante à l’entrée de certaines boutiques.

En signant cet article, témoignage de mon séjour familial au milieu de ces décors grandioses, j’en profite pour soutenir l’action des habitants de la région, lesquels luttent contre le projet d’une importante voie de ferroutage dans la vallée et la construction d’un tunnel ad hoc sous … le Vignemale. Comme les pyrénéens je pense que sacrifier un tel site pour satisfaire nos besoins en matière de consommation serait vraiment une hérésie, que dis-je un massacre…




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